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Sophia Charai présente son album Blue Nomada en interview

Sorte de Catherine Ringer orientale, entre glamour et provocation, toujours à la frontière des codes, Sophia Charaï chante "son blues du bled" avec la profondeur et l'intensité de sa voix grave. Elle transporte dans ses malles un accordéon yougo, une banjo déglingué et bien d'autres instruments.
La chanteuse vient de sortir son album Blue Nomada qu'elle nous présente dans cette interview...

Sophia Charaï

- Pouvez-vous nous parler de votre 3ème album Blue Nomada, ainsi que de vos sources d'inspirations ?
Mes inspirations sont multiples comme à mon habitude... Comme le disait un journal marocain « Sophia Charai un ovni bigarré !! »
Je crois en effet que je fais de la musique comme un peintre pose des couleurs sur sa toile et que son geste n’est pas prédéterminé, au risque d’en décevoir certains, je me laisse guider par les vents, et cette fois ils m’ont emmenée un peu plus au sud, vers l’Argentine, le Brésil, l’Espagne, le Portugal, puisque je me suis livrée à un exercice qui me tentait depuis longtemps, chanter dans plusieurs langues et les mêler à mon univers...
Il n’y a pas si longtemps, dans mon précédent album je chantais une chanson écrite par un ami cher Amaury Salmon, qui  n’était  autre que Mêle ta langue à la mienne et où il était donc question de la fameuse tour de Babel, d’où toutes les langues sont parties.
J’ai voulu aussi rendre hommage à Lasa une chanteuse disparue trop tôt et qui me touchait beaucoup,  dans une composition  que j’ai faite Cancion de la luna, mais cet album est celui de la liberté, et des sentiers nomades, avant la maturité si on peut y arriver...
Il est né aussi des rencontres, comme celle avec Phillipe Baden Powell, ou Minino Garay, Nicolas Tescari grand arrangeur et pianiste  de Moon over boubon street pour Sting, et de Felipe Cabrera qui ont tous participé à l’enregistrement.

- Récemment, vous avez comparé cet album à une bande son de film de Jacques Tati. Qu'appréciez-vous chez le réalisateur et scénariste ?
Non pas l’album, mais une chanson, celle de Shouff car c’est une chanson qui m’évoque par son petit riff de départ une forme de légèreté qu’on trouve dans les films de Tati, par le coté rétro et l’harmonie utilisée. C’est une sorte de vacances de Mr Hulot au Maroc version campagne !
Ce que j’adore chez Tati c’est qu’il a été un des premiers à nous mettre en garde contre la modernité, les machines, mais toujours avec un regard plein de tendresse de dérision, et d’auto-dérision surtout, sans jamais juger, et en réussissant à nous faire rire !! C’est la classe !! ce que j’appelle un humaniste inspiré !

- Vous avez fait des études d'architecture, qu'est ce qui vous a poussé à faire une carrière artistique ?
Mes études d’architecture ont été très formatrices et enrichissantes car elles m’ont ouvert sur le monde une multitude de fenêtres sur l’Art en général. J’ai fait de la photographie du théâtre, participé à des spectacles et des groupes de Jazz tout cela dans le cadre de mes études car c’était une époque formidable, avec un directeur fou et délirant, mais génial qui a invité des personnalités à donner des ateliers dans l’école !
Ce qui m’a donc ouvert tout naturellement ouvert les portes vers la musique, même si après le chemin est toujours plus long que ce que l’on croit !

- Peut-on en savoir plus sur le titre Shouff, dont le clip est sorti ?
Ce titre est une « invitation  au voyage » à la joie, à la rêverie, au bonheur de s’abandonner à la langueur du temps présent, c'est à dire à se détendre, afin de retrouver notre connexion à soi, retrouver notre essence, car sans la joie rien n’a de valeur à mes yeux.
C’est un peu comme une toile de Manet, un déjeuner sur l’herbe, qui pour moi est un invitation à la paresse, dans ce qu’elle a de plus noble, lorsque cela mène à la poésie, que le temps est suspendu.

- Est-il possible d'en savoir plus sur le blues multi linguistique de cet album ?
 Le blues, la sodade, la mélancolie c'est quelque chose de très présent même dans les œuvres optimistes, j'aime l'énergie qu'il y a dans le blues de Billie Holiday ou de Nina Simone, ou encore de Mercedes Soza, ou de Oum kalsoum, ou encore la chanteuse Lasa décédée trop brutalement, toutes ces femmes me parlent, et j'ai naturellement envie de leur rendre hommage à ma manière car elles m'ont beaucoup inspirée, alors je chante mon blues à mon tour, à ma manière...
J'aime chanter dans toutes ces langues car elles procurent un plaisir différent c'est comme entrer dans la peau d‘une autre, un peu à la manière d'une comédienne... Mais comme on est plusieurs à l'intérieur... Alors ça me paraît tout naturel.

- En quoi avoir un album qui fait ressortir plusieurs cultures a-t-il fait partie de vos choix ?
 C'est en effet plus qu'un choix, un véritable engagement pour exprimer et cultiver mon amour de la différence qui est source de richesse et de force ! Seul on est pas grand chose mais avec les autres on est transcendé, on est plus beau, plus rayonnant puisqu'on est relié et c'est notre nature profonde, même si nous l'avons oublié...
Nous sommes tous interdépendants, et reliés et ce n’est qu’en revenant a des valeurs de partage que l’humanité a un avenir.

L'album Blue Nomada de Sophia Charaï est disponible en téléchargement légal sur iTunes ou en version physique à La Fnac.

 

- S'il y avait une destination avec laquelle vous souhaiteriez nous faire voyager en musique, quelle serait-elle ?
 Forcément l'Inde qui est une destination très spirituelle , l'Afrique et aussi l'Amérique du sud le Brésil, et l'Argentine, le Mexique... 

- La radio Fip s'est également intéressée à Blue Nomada. Heureuse de cette reconnaissance ?
Oui bien sûr, je n'oublie pas que la première fois en France qu'une radio a passé ma musique c'était Fip et c'était il y a déjà 15 ans au moins, c'était un standard de Cole porter Ilove paris réarrangé par Mathias Duplessy, version orientale chanté en anglais et en arabe. L'envie de tisser des liens et de jeter des passerelles a toujours été là, surtout avec le jazz qui a été ma première rencontre émotionnelle avec la musique, celle qui m'a donné envie de chanter !
L'album Mouja qui veut dire vague a été un premier album enregistré en live avec 12 musiciens de tous ces continents Afrique, Brésil, Europe et ça a été une très belle expérience qui continue encore avec certains musiciens. 

- Peut-on avoir une anecdote sur l'album ?
Que puis je dire ? Que chacun de mes albums est un accouchement difficile mais c'est très banal, je n'ai pas d'anecdotes particulières sauf que à chaque fois c'est le fruit de mes rencontres  et que cette envie de chanter dans plusieurs langues m'a poussé à aller vers l’inconnu, et donné l'occasion de chanter en espagnol avec des gens dont c'est la langue natale c'était chaud !!!
On a bien rigolé et ils ont fini par me dire : "on comprend tout, tu prononces parfaitement bien, mais on sait pas d'où tu viens !!! / Ha ha ! Normal je suis de nulle part et de partout !"
omme le dit ma chanson un nouveau train : « je ne sais pas d’où tu viens, mais mais ça mais ça mais ça ne change rien !! »

- Le 6 juin, on pourra vous retrouver en concert au Pan Piper et on sait que vous êtes très impatiente. C'est enfin l'aboutissement d'un projet, qu'en attendez-vous ?
 Ce que j‘en attends rien et beaucoup à la fois ! Cest à dire seulement de chanter de partager un moment de joie avec mon public et ceux qui me feront la grâce de venir pour être ensemble simplement. Pour moi l'essentiel sur scène c'est d'être à l'instant présent, je sais que c'est très à la mode de dire ça, mais c'est la seule façon d'être sur scène pour moi, ouvrir la porte à la rencontre, partir vers l‘inconnu et s'oublier, surtout s'oublier !! Oui c'est ça et là on est heureux.

- Le plus important je suppose est la communauté de fans qui est fidèle et qui vous soutien ?
 Je ne sais pas si ce que je fais est communautaire je me suis souvent inscrite en marge de tous les courants, alors je ne sais pas, beaucoup de jeunes se reconnaissent aujourd'hui dans cette diversité libre et qui ose s'affirmer, maintenant cela ne m'appartient pas de savoir qui est le public qui me suit... Je suppose qu'il est éclectique comme moi ? Ha ha !!

- Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
Je souhaite dire simplement merci, merci pour tout ce qu'il m'est permis de vivre, merci à tous ceux que je croise sur mon chemin à ceux qui me supportent à ceux qui m'aiment et me détestent, à tous et merci à la vie si généreuse avec moi. 

Merci à Sophia Charaï d'avoir répondu à notre interview !
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