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Noël Mattei présente son roman Les amours anormales (interview)

Noël Mattei dévoile son 2ème roman, Les amours anormales dans cette interview. Son personnage, Carol, porte de lourds secrets... Embarquez dans une intrigue au lourd suspens psychologique.

Noël Mattei

- Est-il possible de vous présenter et d'en savoir un peu plus sur votre univers littéraire ?
J'ai fait des études de lettres modernes spécialisées avant d'être, pendant plus d'une décennie, chanteur et auteur dans Madinkà. Nous avons fait trois albums (et même un quatrième, très beau, que ne n'avons à ce jour jamais sorti) et énormément de scènes un peu partout en France comme en Belgique. Aujourd'hui je me consacre à mon projet musical solo et notamment à l'enregistrement d'un nouvel album qui succèdera aux deux EP sortis en 2013 et 2015. Je ne me pose jamais la question - aussi consciemment en tout cas- de savoir si mon univers est littéraire ou non, je dirai plutôt que depuis les débuts de Madinkà j'ai pu constater que je ne cesse de le tisser, de l'étoffer en essayant toujours de me laisser guider avant tout par mes émotions, celles surtout qui bousculent mes tripes, me donnent l'Envie, tuent mon ennui, me malmènent aussi parfois, mais qui toujours me font sentir bien vivant ! Je revendique bien entendu au final un projet littéraire car je pense que c'est ce qu'il est, mais ma manière de m'exprimer est, instinctivement, tant emprunte d'une proximité de langage parfois assez proche d'un discours parlé, relationnel et émotif, que de poésie dans les images et la façon de les exprimer. Je dirais peut-être qu'on est vraiment, au résultat, dans une littérature contemporaine même si singulière, plus que dans quelque chose d'académique. Ces émotions que je définis comme mon adrénaline peuvent naitre tant de mes côtés les plus rieurs et légers que de mes plus sombres. Elles sont principalement stimulées par les sentiments forts que j'éprouve à un instant T pour une personne proche de moi, un de ses gestes, un de ses mots, juste un de ses regards ou un de ses sourires parfois, pour un film que je viens de voir, un livre que je viens de lire, une chanson qui m'accompagne partout... C'est sans doute en cela que, si rien n'est jamais calculé en tant que création d'univers, il y a néanmoins une récurrence de ce que je nomme mes "ponts d'univers". À chaque nouveau projet, quelqu'en soit le support (EP, album, videoclip, trailer, roman...), je sais qu'il y a toujours au final des échos à ce que j'ai fait précédemment qui teintent la nouveauté, un peu comme un moment complètement nouveau de notre vie à tous peut être bizarrement et inexplicablement déjà teinté d'une nostalgie, d'un flash, d'un rappel de ce que nous avons vécu précédemment. Je crois que j'aime ça autant que j'en souffre, car ma nature est assez constante, ou plutôt j'ai la sensation, depuis l'enfance, d'avoir employé le temps pour toujours être stable et fiable avec moi-même et les autres mais néanmoins enfermé dans un ascenseur aux perpétuels up and down entre les étages élevés et lumineux de la force et de la foi inébranlables en moi, en l'autre, et ceux des sous-sols sombres de l'éphémère des choses ici-bas et de la mélancolie maladive qui en découle chez moi. Une sorte d'équilibre violent et sur le fil comme la beauté d'une rose qui, la tige dans un vase, saurait, au moment d'éclore, qu'elle sera fanée trois jours plus tard. C'est une beauté triste, ou une belle tristesse. Je préfère dire et croire la seconde formulation. Le concept de tristesse et celui de beauté sont antithétiques mais pas paradoxaux du tout pour moi. Ils sont même amoureux en fait ! Comme un amour impossible mais réel et très fort. Je crois que c'est la base de mon univers. C'est la définition même que j'ai de la vie, de l'amour, immensément forts, immensément beaux, mais qui peuvent faire immensément mal, et qui peuvent être immensément tristes. Mais la beauté, elle, permet toujours une lumière qui perce dans mes scènes, comme des tableaux un peu. Elle l'emporte en cela. L'art permet, par sa métamorphose des choses, que ce qui serait uniquement déchirant pour un esprit très terre à terre flirte soudain avec la beauté d'un je-ne-sais-quoi de mystérieusement solaire. Ça pourrait sembler pour certains un peu masochiste presque, trouver une sorte de deal complaisant avec la tristesse et nommer cela une mélancolie maladive plutôt qu'une souffrance tout court, mais pour moi c'est surtout salvateur. Car sinon je crois que je serais dépressif. La tristesse ne m'enterre pas, elle m'élève vers la beauté des choses qui est, ou qui fut, selon le contexte et le moment, me laissant toujours l'espoir -incertain mais l'espoir tout de même- qu'elle existera encore, sous une forme identique ou une toute autre. Mon univers est dicté par ces couleurs qui sont réellement celles de ma nature profonde, même quand je crée des fictions, lors de l'écriture d'un roman par exemple. 

-Parlez nous de votre dernier roman : Les amours anormales...
Pour moi c'est un roman d'amour, mais pas du tout au sens classique du terme tel qu'on l'entend habituellement. C'est un roman où l'amour est traité sous de très nombreuses définitions du mot : l'amour des liens du sang (l'amour fraternel, l'amour paternel), le couple amoureux, l'amitié amoureuse, l'amour amical, l'amour incestueux, l'amour physique... après reste à savoir si ces amours peuvent être anormales, les amours anormales existent-elles ?... Mais pour que chacun se fasse sa propre réponse il faut lire le livre ! (rires). Et puis il y a de nombreux autres thèmes, plus ou moins directs, qui tournent autour de celui-ci comme la possession, la manipulation, la sincérité, l'absurde, la sexualité, l'adolescence, le manque de communication dans le couple, en famille, ses dommages collatéraux, la rumeur sournoise et ravageuse, l'hypocrisie d'une pseudo-morale éducative ou religieuse qui s'oppose à la foi profonde qu'un être humain peut avoir en lui et/ou en l'être aimé, jusqu'à parfois même la casser... la conformité qui fait trop souvent abdiquer notre moi singulier, ce que je nomme dans le bouquin "les manques d'un quotidien cachés derrière les murs d'enceinte de pavillons insoupçonnés". La lâcheté est aussi très présente de façon complètement différente selon les personnages (le père de Lou est lâche, les parents de Carol sont lâches, Carol lui-même est lâche dans ses actes les plus courageux... pourtant tous sont condamnables et compréhensibles à la fois dans leurs actions, jusqu'à un certain degré. Tous flirtent avec la folie finalement, mais chacun la sienne, et sous une expression très diverse. La lâcheté est quelque chose que j'observe souvent dans la vie, même quand elle pourrait paraître imperceptible, elle couve, c'est assez fréquent comme pour la mauvaise foi car ce sont des échappatoires faciles au quotidien dans le silence. Mais leurs conséquences peuvent être plus lourdes qu'on ne le croit, surtout quand elles se heurtent en face d'elles aux valeurs de clarté et de promesse formulée. Tout ceci est très compliqué car personne n'est dans la tête de l'autre, aussi fort que soient les sentiments. Il faudrait que nous soyons télépathes pour que les choses soient plus simples et que les quiproquos émotionnels s'estompent. Carol souffre énormément de ça dans le roman, mais c'est exacerbé car complètement lié à son histoire et à l'intrigue. 
Il y a certains passages dans lesquels les personnages et leur lien sont tout de lumière, sensibles, humains, et d'autres d'humour noir, cet humour à l'anglaise que j'affectionne, qui fait qu'on se demande une seconde si on doit rire ou être horrifié par ce qu'on lit. Une atmosphère peut en cacher comme en heurter violemment une autre, c'est idem pour un ton ou un raisonnement du personnage principal, c'est cela même qui fait qu'on bascule dans une sorte d'absurde, tout reste toujours aux frontières du possible et de la logique alors qu'on ressent presque entre les lignes un monde mystique, surnaturel, la folie aussi, qui semblent exister tout proche de là... Je crois que j'aime me créer parfois des atmosphères assez flippantes quand j'écris, et avoir peur de mes personnages  -voire de moi-même ! Quand je relis certaines actions j'ai du mal à me dire que c'est mon propre cerveau qui leur a donné naissance... Je crois que ça c'est la chose la plus effrayante et la plus schizophrénique pour un écrivain quand il crée une fiction dans laquelle il met une part de lui-même et tout son opposé à la fois. Je dis "son opposé" mais ce n'est pas très juste comme dénomination, je devrais plutôt dire ses phobies car elles ne sont pas lui mais sont néanmoins en lui. Quand on écrit essentiellement de nuit comme je le fais, on se laisse tellement habiter par les personnages et par l'excitation de leur laisser prendre le contrôle sur nous-mêmes dans certains passages qu'ils nous paraissent plus vivants et réels que nous-mêmes, et il y a du coup de longues secondes où on ne sait plus trop où l'on est ni qui on est !

- Comment décririez-vous la personnalité des principaux personnages ?
Je vais garder le mystère sur leur personnalité car j'aurais peur de trop en dire mais je peux juste préciser qu'ils sont complexes et donc simplement humains (ceci est d'ailleurs un pléonasme), absolument pas manichéens. Ils sont tant défaillants qu'intelligents, forts que blessés et donc blessants, et comme spécifié sur la 4ème de couv "terriblement attachants, monstrueusement glaçants." 

- Ce qui également est fascinant c'est la manière dont vous maniez l'intrigue sur vos personnages. Comment avez-vous porté votre réflexion à ce sujet ? 
Déjà et avant tout merci, ça me touche beaucoup ! J'ai toujours besoin d'aimer mes personnages pour qu'ils m'accompagnent durant toute l'écriture du livre, pourtant je leur fait faire parfois ce que je détesterais le plus qu'on me fasse... C'est notamment le cas ici dans certaines scènes des Amours Anormales ! Je les aime, parfois je les hais, ou je les plains, et puis je les envie de nouveau. Et là je sais qu'ils deviennent vivants et humains. Ils ne me laissent jamais de glace, ils bousculent mes tripes et comme dans la "vraie vie", je m'y attache alors ! Mais heureusement c'est une fiction de laquelle on peut choisir de se réveiller !  De façon générale, j'observe beaucoup autour de moi, je ne juge pas sinon je n observerai plus qu'avec une totale subjectivité, je préfère le faire avec une conscience de mon ressenti personnel qu'avec une certitude inébranlable. Les nuances sont fines mais elles sont très importantes néanmoins. J'ai besoin de garder une neutralité de jugement même quand ça touche mes proches. Plutôt que faire la chasse aux défauts et qualités des personnes qui m'entourent, j'essaie, au travers de leur façon d'agir en diverses situations, de comprendre leur nature profonde, les actions qu'ils font superficiellement et qui n'ont pas d'impact fort sur l'autre, et inversement les récurrentes et ancrées qui sont plus importantes, non pas parce que ce sont des défauts mais parce qu'elles peuvent ne pas fonctionner avec certains tempéraments, avec le mien notamment. C'est important de bien connaitre les gens qui nous entoure, ceux que l'on aime surtout, pour pouvoir à la fois rester soi mais tenir compte de l'autre aussi dans nos réponses, dans nos agissements. Pour être compris. C'est tout le dilemme de la communication humaine. Dire les mêmes choses et pourtant chacun penser que l'on n'est pas raccord. Les sentiments et les blessures qu'ils entrainent altèrent beaucoup aussi cette compréhension entre l'émetteur et le récepteur. C'est souvent le cas pour Carol dans le roman. Les valeurs profondes des gens sont plus fortes encore pour rendre la confiance solide entre deux personnes que leurs affinités culturelles, artistiques ou sportives peu importe, mais ces dernières rapprochent beaucoup plus vite deux ou plusieurs êtres au départ. C'est parfois même comme un piège, que seule une certaine expérience et une certaine maturité permet au fil du temps d'éviter, mais pas toujours, car il est bon de se laisser aller spontanément dans la découverte d'une personne et de s'y attacher profondément sans même sans rendre compte, ne s'abandonnant qu'aux aspects qui smashent avec elle et occultant tout le reste. C'est la chute, même longtemps après, qui peut être décevante voire brutale et même complètement déstructurante en fonction de la force des liens qui ont été créés. Le manque violent est quelque chose d'atroce chez l'humain. C'est l'âme et le corps qui souffrent. On ressent alors combien ils sont liés. Même si on ne se place pas dans un contexte conflictuo-relationnel, c'est de toute façon inscrit dans l'essence de l'humanité par la mort elle-même. La perte d'un être cher peut être insurmontable car il n'y a même plus dans ce cas le moindre espoir de retrouvailles (sur la Terre en tout cas, et ce même pour les croyants ou les agnostiques). Mais l'espoir complètement fou et charmant peut exister et nous laisse parfois nous persuader, sans autre issue possible, que deux êtres sont faits l'un pour l'autre au delà de tout, et que par conséquent ils vont se retrouver tôt ou tard, ce qui édulcore déjà un peu la souffrance du manque. Il y a tout ça dans le roman mais bien entendu dans un cadre fictionnel très précis, avec les marques d'un passif qui commande en partie beaucoup de choses chez les personnages et notamment chez l'anti-héros du livre, Carol. 
Et puis pendant de nombreuses années, j'ai eu un pied très ancré dans la sphère analytique, ce roman y est, qui sait, lié. Perso je ne sais pas vraiment, mais c'était quelque chose de trop purement psycho, et puis au fil du temps, fort de cet "enseignement" peut-être aussi, je me suis plus rapproché de tout ce qui est plus psycho-corporel, où le corps et l'esprit sont tous deux pris en compte donc, car j'ai fini par comprendre à quel point ils sont indissociables pour moi, du moins ici-bas, après ailleurs we'll see quand on y sera si on y est un jour ! Jusqu'à présent personne ne sait réellement, donc pour moi c'est l'Instant qui est important ! Et sa force surtout, le ressenti singulier qu'elle nous offre, mais ça reste compliqué d'être à la fois acteur et spectateur pour le vivre pleinement et au mieux, le plus sereinement et le plus intensément possible à la fois. Tout en aimant et en partageant sans aucune barrière de protection, sans crainte de donner ni de recevoir, de dépasser parfois des codes programmés en nous depuis l'enfance et qui l'habille d'insensé. C'est là qu'il convient de faire appel non pas à une morale normée et prise en bloc, mais à sa propre morale, digérée, affinée. Mais comme on parle de morale, il faut bien entendu parvenir, dans cette quête, à rendre au plus profond de soi le respect et l'amour pour l'autre inconscient et naturel. Savoir se recentrer dans un recul salvateur qui évite de se perdre mais ne pas le confondre avec un enfermement sur soi, où là, pour le coup, la paranoïa, la folie guettent toujours. C'est effectivement plus facile en théorie qu'en contexte réel pour chacun de nous. Mais c'est possible. Ce sont de belles aspirations en tout cas. Réaliser des fictions permet beaucoup de "relâchement" et de liberté avec ça, on peut justement faire basculer nos personnages dans cette folie. Mais les miens, dans mon univers, dans mes galaxies fictionnelles, j'ai besoin qu'ils restent néanmoins attachants, même quand on les condamne, qu'on les hait en se projetant dans leur entourage, parce que comme il n'y a pas de réel narrateur, le personnage narre lui-même l'histoire, le lecteur entre directement dans sa tête, dans son corps, dans son coeur, il devient LE personnage en quelque sorte, donc personne ne lui souffle -pas même l'auteur- ce qui est un bel acte ou ce qui ne l'est pas. Et c'est là justement que la morale et la réflexion entrent en ligne de compte, même dans une fiction qui assume avoir pour but premier l'évasion et le divertissement -et c'est tout à fait le cas ici, ce n'est qu'un roman ! Mais l'art peut toujours faire réfléchir au delà, une fois qu'on quitte le décor du livre, sa trame dramatique, ses personnages extrêmes... on peut ramener ça à son quotidien de façon indirecte mais se recentrer néanmoins et, par la beauté justement et la force des sentiments d'une histoire, retrouver ses propres envies, ses vrais sentiments, jeter tout ce qui fut stupidement entaché, s'apercevoir combien les conflits pourraient être futiles et combien il y aurait de belles choses à vivre encore. Revenir à l'essentiel en quelque sorte, qui pour moi reste l'Amour, tant qu'il ne s'est pas perdu quelque part dans le temps en tout cas. Car certains amours meurent, mais ça on le sait normalement au fond de soi. Comme on sait quand on trouve une personne simplement sympathique ou quand on la porte au contraire réellement dans notre coeur, ou encore dans notre coeur et dans nos tripes à la fois ! Le tout noir et le tout blanc n'existe pas, et absolument pas en tout cas dans ce roman malgré l'intrigue dramatique et certains passages assez extrêmes !
Aujourd'hui, qui plus est, je ne sais pas si ça a joué, mais un de mes proches qui passe beaucoup de temps avec moi, passionné de neuropsychologie et neuropsychologue tout fraichement diplômé, a commencé à exercer, à suivre des cas cliniques et à faire de la recherche aussi. Les discussions avec lui sont très passionnantes pour moi forcément, j'apprends de nouvelles choses souvent, comme ce qui se passe au niveau des "connexions électriques" dans le cerveau quand nous ressentons la colère, la jalousie, la sympathie, l'amour... Nous avons beaucoup échangé sur tout ça pendant la période d'écriture du roman, sur tous les fonctionnements et dysfonctionnements de la machine humaine, c'était un hasard, mais comme on se comprend vite et bien tous les deux, ces échanges ont été sans doute une valeur ajoutée indirecte et inconsciente dans l'affinement du personnage et ses incohérences logiques. Je savais toujours où j'allais avec Carol.

- Même si cela reste de la fiction, n'y aurait-il pas un regard moderne de l'amour ? 
"Moderne", je ne sais pas si j'aurais défini ça ainsi de moi-même, ou un certain regard urbain peut-être, et encore, pour les deux termes ça mériterait d'en nuancer vraiment les définitions, mais ce serait bien trop long ici, ceci dit je comprends ce que vous entendez par là, et sans doute je vous répondrais oui, mais ça c'est de toute façon une vision de l'amour que je porte en moi du plus loin que je m'en souvienne. Il y a aussi une dimension assez sapiosexuelle de l'amour et des liens qui unissent mes personnages. Tous sont très intelligents, mais Carol plus encore peut-être que les autres, malgré sa folie et ses pertes brutales de repères moraux. 

- Sans en dévoiler forcément tout les secrets, on retrouve deux lieux principaux de l'intrigue : le banc au parc et le parking. Qu'évoquent pour vous ces endroits ? 
Le banc c'est le grand air ou le plein air si c'est en milieu urbain, la lumière, les éléments (la pluie, le vent...), le soleil, la récurrence aussi, l'échange, le partage, le frôlement, l'intimité, le rendez-vous secret. J'ai toujours pensé que les parcs ou les squares sont des endroits où peuvent facilement naître progressivement au fil des après-midi, ou même soudainement, des liens adultères, avant même qu'il y ait une relation physique d'ailleurs, elle pourrait ne jamais exister sans que cela change réellement la donne du lien, ce que j'appelle moi un "adultère atmosphérique", comme quand on cherche à fuir l'amour et à ne pas le faire quand si fort il se respire... Ceux sont des êtres qui s'aiment, qu'ils le fassent ou qu'ils s'interdisent de le faire. Souvent un seul des deux parents y emmène jouer les enfants notamment, il y a souvent beaucoup de gens mais chacun est seul, à bouquiner, à surveiller son môme, à écouter de la musique... j'ai aussi constaté ça en voyage, à l'étranger, c'est plus facile d'aller vers une personne seule quand on est soi-même seul et tranquille, et puis on décourage moins l'autre qu'un couple ou qu'un groupe, ce sont des lieux propices à engager des discussions entre inconnu(e)s. Dans La Vie D'Adèle par exemple, j'aime beaucoup ces scènes où Adèle et Emma se retrouvent sur le banc, elles discutent et cherchent ce que l'une pourrait apporter à l'autre, comme une excuse justifiant qu'elles se revoient souvent, il ne se passe encore rien entre elles mais leur désir se respire tellement ! Je trouve ça magnifique, sublime la manière dont elles sont filmées et dont chacune d'elle joue la scène. Ça m'a énormément parlé.
Le parking c'est l'humidité, le danger (ces deux termes peuvent être plein de sensualité voire de sexualité pris dans un certain contexte), l'inquiétude, la rencontre soudaine avec l'inconnu, la peur, le mystère, le noir, la claustrophobie, la proie, le meurtre, la folie humaine, l'endroit sous la terre, puis le rendez-vous secret aussi un peu comme pour le banc mais dans une toute autre atmosphère, plus noire et beaucoup moins romantique. 

- Dans les premiers chapitres on pourrait sentir quelques points de votre personnalité. Est ce le cas ?
Oui, vous avez raison, mais il faut alors être tout en nuances et de façon précise, ligne par ligne presque. Ce serait très long (rires) ! Ceux qui sont proches de moi et qui me connaissent sauront certainement là où je suis et là où je ne ne suis pas durant leur lecture je pense. Tout dépend qui aussi, et ce que la personne vit ou a vécu avec moi. Mais bon tout cela n'a aucune importance pour le lecteur. Je crois qu'à certains passages je peux être chacun des personnages, masculins comme féminins, et à certains autres plus du tout. Mais tous sortent de moi, de mes ré-interprétations des autres aussi. 

- L'aspect musical est également important dans Les Amours Anormales. Quel est votre titre préféré ? 
Ce sont des titres (et des artistes) que j'aime tous. Et chacun d'eux n'est pas là par hasard, il y a même une vraie connexion entre les paroles des titres évoqués et l'histoire elle-même dans les pages où la musique se déclenche... C'est pour ça qu'il est précisé en fin de bouquin qu'il est important d'écouter attentivement ces morceaux dans leur version studio originale, ils constituent vraiment la bande son de l'intrigue. Et la musique appuie l'atmosphère du roman aussi. D'ailleurs un des titres en est peut-être plus important encore, car quand j'ai voulu en citer un extrait je me suis aperçu à quel point il m'était impossible d'en évincer la moindre phrase, dans ce contexte qui est celui des Amours Anormales (même si ce n'est pas du tout le contexte originel à l'écriture du morceau j'imagine !) Je n'aurais pas pu souhaiter un résultat plus réussi si j'avais décidé d'en écrire un ou de demander à un auteur extérieur de le faire après lecture du roman pour qu'il colle parfaitement à ma fiction. Ce fut tellement énorme quand je l'ai lu pour en extraire une ou deux phrases qu'il est, dans la version finale du livre, même question de ce titre dans un passage crucial entre les personnages sans qu'on sache encore qu'il s'agit de cette chanson-là... Heureusement que son auteur m'a donné son autorisation de façon touchante d'ailleurs. Je l'en remercie infiniment car j'aurais réellement été frustré de ne pouvoir le publier ! Mais là aussi il faudra lire le livre pour comprendre tout ça... 

- Une anecdote ou une indiscrétion à nous raconter sur Les amours anormales
Il y a une scène que je ne vais pas spoiler mais ceux qui auront lu le bouquin comprendront de laquelle je parle ici, et comme j'aime que tout soit précis et travaillé, j'ai un soir, vers 23 heures, au moment même où j'imaginais et écrivais la scène, téléphoné à un commissariat de police pour leur demander des détails exacts sur comment se passerait cette scène dans le réel. Et il a fallu au moins dix minutes pour qu'ils se détendent et veuillent entendre que j'étais romancier blablabla (car ils ont été trois à se passer l'appareil tant ils ont été hallucinés par ma demande et mes questions !). Ils ont tout vérifié sur le net, si j'étais bien écrivain, etc, j'ai trouvé ça marrant au début mais j'ai pas mal flippé aussi car j'ai cru qu'ils allaient débarquer chez moi ! Mais au final, après les dix bonnes premières minutes ils ont joué le jeu et ont coopéré pour me donner toutes les infos que je voulais, ils étaient assez free ce soir-là apparemment, on a même pas mal rit en simulant la scène par téléphone ! Heureusement que j'avais pour le coup un statut d'auteur et de romancier public sur le net avec des références solides sinon ça aurait pris du temps et j'aurais eu quelques soucis immédiats ! (rires) 

- Avez-vous prévu des séances dédicaces pour la sortie du livre ? 
Oui à priori elles se programment pour septembre car il n'y a plus que le mois de juin vu que le roman sort le 27 mai et c'est bientôt l'été, il y en aura peut-être une en juin sur Paris mais à priori c'est plutôt à la rentrée... En revanche il y aura des interviews radio et des papiers dès la sortie et tout le mois de juin. Les infos seront sur ma page pro facebook et mon Twitter de toute façon en temps et en heure.

- Réfléchissez-vous déjà à votre prochain ouvrage ? 
Oui, je ne pense pas que je vais mettre neuf ans cette fois-ci entre ce roman là et le prochain, j'ai un peu fait mon Voulzy sur ce coup-là (rires), mais j'ai privilégié la musique aussi... Je suis toujours mes envies, j'essaie au mieux du moins, mais là justement j'en ressens déjà l'envie ! 

- Que souhaitez-vous dire pour terminer ? 
Merci à toute la team de Divertir pour avoir eu l'envie de cette lumière sur Les Amours Anormales, et belle lecture à tous les futurs acheteurs du roman, j'espère que comme vous, ils seront nombreux à partager l'envie de le découvrir ! Et de le faire découvrir à leur tour aussi ! C'est ainsi qu'un livre vit, et longtemps après sa naissance encore ! 

Merci à Noël Mattei d'avoir répondu à nos questions !
N'hésitez pas à plonger dans son univers.

Les amours anormales de Noël Mattei sort aux Éditions du 38 (diffusion Hachette).
Crédit photo : Matthieu Roche

Maxime Lopes sur Google+

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