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Le roman Règne animal de Jean Baptiste del Amo

Il est en lisse pour le Goncourt, mais aussi pour le Médicis et le Fémina ; Règne animal est le 4ème roman de Jean Baptiste Del Amo. Le livre retrace le parcours d'une exploitation agricole au cours du XXème siècle, de la petite porcherie animale à l'élevage industriel. Del Amo y raconte la vie de 5 générations dans un siècle violent et une période sauvage. Les animaux sont de plus en plus mal traités, dans ce qui devient une usine à viande.

C'est un roman brut, au coeur des humeurs, des odeurs.

"Car tout, dans le monde clos et puant de la porcherie, n'est qu'une immense infection patiemment contenue et contrôlée par les hommes ; jusqu'aux carcasses que l'abattoir régurgite dans les supermarchés, même lavées à l'eau de javel et débitées en tranches roses puis emballées avec du cellophane sur des barquettes".

Une fresque à travers le XXème siècle, à travers l'histoire d'une famille de paysans du Gers devenue éleveur de porcs. Règne animal de Jean Baptiste del Amo fouille cette mémoire, irriguée par le sang des bêtes et la douleur des hommes. Une histoire de violence, de génération en génération.

Dans cette exploitation là, l'élevage survient et en particulier vers l'élevage industriel. Jean Baptiste Del Amo raconte au micro d'Arte que l'élevage va devenir violent et de plus en plus tendu au fil du roman, du à la folie et à la violence des hommes.

4 ans d'écriture pour ce roman d'épopée, à l'écriture d'appocalypse. Un travail de documentation, avant le passage par l'imaginaire et la fiction. Et puis des images qui vous tenaillent, avec la visite d'une porcherie au petit matin.

En voyant ces centaines de porcs réunis, les uns sur les autres, qui se battaient pour obtenir une portion de nourriture ; il est apparu à Jean Baptiste del Amo qu'ils n'appartenaient plus à un groupe d'individus, mais que chacun des animaux était un être en soi. Ce regard a beaucoup touché l'auteur.

"T'as remarqué que leur pupille reflète toujours notre visage ? dit Henri. Si tu fais bien attention. Mais des fois, je ne vois plus que ça."

Parfois lyrique, aluciné, naturaliste ; l'écriture de Jean Baptiste del Amo est avant tout physique, organique. Les sensations, les odeurs sont là ; jusqu'au malaise.
Le rôle d'un livre est selon l'auteur fait pour nous mal mener, nous interroger, de nous emmener vers des zones obscures et de nous confronter. Il a envie de nous questionner en tant que lecteur.

Fascinant de noirceur ce Règne animal est l'un des plus aboutti de cette rentrée littéraire. Il illustre comme rarement la puissance de la littérature ; raconter la vie, écrire le monde.

Maxime Lopes sur Google+

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