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François Rantrua dévoile Mes très chers amis

François Rantrua est l’auteur de Mes très chers amis, un roman publié aux Editions Les Presses du Midi.
Guillaume Einaudi y livre à contrecœur une partie de ses secrets et au passage ses réflexions sur différents sujets comme le développement de l’Afrique ou les qualités et les travers de l’élite française.

François Rantrua - Mes très chers amis

Interview de François Rantrua

Pouvez-vous nous présenter votre livre Mes très chers amis ?
C’est l’histoire d’un avocat d’affaires, Guillaume Einaudi, qui se retrouve en face d’un enquêteur, un certain Jacques Reinhardt, dont on ne comprend pas bien qui il est au début du livre, juge, flic, DGSE... Quoi qu’il en soit, il met Guillaume sur la sellette et lui cherche des poux dans la tête sur certains évènements de sa vie professionnelle, mais aussi de sa vie privée. Pas toujours de bon gré, Guillaume qui a fréquenté des hommes de pouvoir pas toujours très nets nous fait visiter l’Élysée, nous parle magouilles en Afrique, de montages financiers qui tournent mal dans une grande société privée française, en essayant de convaincre Reinhardt qu’il n’est pas responsable. Le lecteur se fera sûrement une idée et saura tout dans les derniers chapitres.

Comment décririez-vous la personnalité de votre personnage principal, l'avocat Guillaume Einaudi, et ses relations ?
Guillaume est un homme ambitieux qui est embarqué, souvent malgré lui, dans des affaires louches. Il est obligé de faire des compromis, mais essaye de rester honnête. Pas toujours facile d’y parvenir. C’est aussi quelqu’un qui a peur de l’échec, même s’il est ambitieux. Il dit souvent que la roche tarpéienne est proche du Capitole. Au fond, il cherche sa voie entre Paul, son ami sans défaut, mais un peu ennuyeux et, son beau-frère, le charismatique ADN dénué, lui, de tout scrupule. Je crois que Guillaume est très humain, c’est à dire imparfait, il fait des erreurs, mais il est capable de se remettre en question. Son épouse Mathilde dit que Guillaume a longtemps fait ce que ses parents, son entourage, la société en général attendaient de lui... et puis un jour il se libère, même si cela comporte des risques.

Peut-on en savoir plus sur la façon et les conditions dans lesquelles vous écrivez ?
Mes très chers amis est mon premier roman, mais j’ai toujours écrit, qu’il s’agisse d’un journal, de réflexions isolées, de lettres... Au début de Mes très chers amis, j’ai cru que je pouvais écrire un roman en me laissant guider par l’inspiration du jour et je me suis vite aperçu que j’avais besoin de structure, alors j’ai passé pas mal de temps à construire un scénario, scène par scène et à réfléchir pour chacune aux lieux, aux personnages, à leurs interactions, au ton... un peu comme s’íl s’agissait d’un film. Cette démarche m’a beaucoup aidé.
Pour ce qui est des conditions matérielles de l’écriture, j’écris plutôt tôt le matin et parfois la nuit. Le premier jet est souvent écrit au stylo plume ou au crayon lorsque je suis moins inspiré et qu’il faudra faire plus de corrections. Je relis quelques jours après et là, soit je transcris sur mon ordinateur en faisant quelques modifications au passage, soit je refais une version « à la main » si je suis trop loin du compte, et en particulier si la musique des mots, le rythme des phrases ne me plaît pas.

On peut dire que vous aimez le suspens autour des personnages... C'est important pour vous cet aspect ?
A partir du moment où j’ai décidé d’écrire un roman, je me suis senti obligé d’écrire aussi pour le lecteur, ce qui n’est pas le cas quand j’écris mon journal. Étant moi-même lecteur, j’ai une opinion sur ce qui rend un livre intéressant et ce qui fait qu’il me tombe des mains. Et ce n’est pas que le sujet. Ajouter du suspense est une façon de rendre la lecture plus agréable. Après pour donner envie au lecteur de relire le livre et que cette fois-ci le suspense a disparu, c’est une autre paire de manches...

Vous dîtes vous être abstenu de vous servir de faits réels, mais il y a des vraisemblances troublantes, notamment sur le plan politique... Quel est votre regard personnel sur la société actuelle et notamment des thèmes qui ressortent dans votre livre tel que l'égoïsme ou la corruption ?
Je pense être d’un caractère assez optimiste et je suis dans l’ensemble plutôt modéré, mais certains comportements me choquent et je trouve certaines choses inadmissibles. La corruption en fait partie. J’ai toujours essayé de faire ce que je croyais bien. De coller à cette phrase que me répète souvent mon épouse : c’est bien d’être un type important, mais c’est surtout important d’être un type bien. On se sent parfois impuissant, mais notre comportement peut influer. On a une conscience environnementale et on essaye de contribuer par des gestes quotidiens et bien je pense que l’on doit faire de même pour l’éthique, des petites actions chaque jour. Et puis parfois on se retrouve face à des situations où l’on peut vraiment changer les choses et là il ne faut pas hésiter. Il faut essayer. Même si l’on échoue on se sent mieux après avoir essayé que de se plaindre sans avoir rien fait...

Dans la série Mr Robot le fait que 1% des 1% de la population tire les ficelles est évoqué. Peut-on dire que comme dans Mes très chers amis, une partie "des élites" ne voit que leurs intérêts ?
Comme on dit souvent le pouvoir corrompt (ou peut corrompre). Il y a des corrompus qui prennent le pouvoir et ceux-là sont dangereux, mais il y a aussi ceux qui sont bien intentionnés au départ, avaient des ambitions nobles, mais qui ont dû faire des compromis pour prendre le pouvoir, doivent renvoyer des ascenseurs… ou qui se rendent compte qu’en réalité leur marge de manœuvre est réduite, leurs décisions pour l’intérêt général sont rejetées par des réseaux d’influence qui se sentent lésés par ces décisions. Face à cette obstruction, certains baissent les bras, perdent de vue l’intérêt général, deviennent cyniques et ne pensent plus qu’à eux-mêmes, cherchent avant tout à garder leurs prérogatives, se disent que c’est la vie... Ils ne sont pas forcément malfaisants, ils sont simplement incompétents, incapables de faire bouger les lignes... Mais je vous l’ai dit, je suis optimiste : il y a des gens bien partout et puis nous sommes mieux informés qu’il y a 20 ou 30 ans et nous tolérons moins la corruption ou même l’injustice. Je comprends et partage la frustration de certains. Ceci dit je ne suis pas « cavapéter-iste ». Je crois au dialogue social.

Le personnage principal manie les questions de son interlocuteur pour lui donner la vérité qu'il souhaite, mais peut-on dire que toutes les vérités finissent réellement par éclater ou il y en a vraiment des secrètes à un certain niveau ?
Je pense que certaines personnes emportent avec eux quelques secrets dans leur tombe. C’est vrai pour des petits secrets de famille et probablement vrai pour des secrets d’État. Edgar Hoover s’est maintenu à la tête du FBI pendant près de 50 ans en gardant des dossiers sur les puissants dans son coffre et beaucoup ont été détruits... Il ne doit pas être le seul. Heureusement beaucoup de vérités remontent, certains vrais coupables sont démasqués et certains innocents sont amnistiés, car la vérité c’est aussi la justice.

Revenons à vos expériences plus personnelles. Vous êtes ingénieur et cadre à la Banque Mondiale, vous avez donc dû en voir de toutes les couleurs ; c'est ce qui vous a poussé à écrire Mes très chers amis ?
Ha ha… Oui j’ai eu une carrière intéressante. Pour ce qui est de Mes très chers amis, c’est tout d’abord l’envie décrire qui m’a poussé... puis c’est devenu un défi : suis-je capable de faire un roman et de trouver un éditeur ? Pour le contenu, je voulais réfléchir sur certains thèmes qui sont importants à mes yeux comme l’honnêteté, la différence entre compromis et compromission, ou encore un sujet comme les changements de carrière, les difficultés et les joies qu’ils peuvent apporter. D’autres thèmes comme l’amitié se sont imposés à moi en cours d’écriture parce que les personnages y ont été confrontés.

Parlons un instant de la couverture du livre, elle évoque plutôt bien le fil conducteur de l'histoire...
Merci. On doit cette couverture en grande partie à la graphiste des Presses du Midi avec qui j’ai beaucoup échangé. J’avais quelques idées et elle les a enrichies, en a proposé d’autres, comme celle des ombres des deux personnages de profil qui, je pense, introduisent la notion de suspense. Le challenge c’est de donner envie de lire le livre et après avoir refermé le livre de pouvoir regarder la couverture avec plaisir. Si c’est le cas pour Mes très chers amis, tant mieux et merci à Cathy !

Votre livre place les NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication) et les banques solidaires des pauvres à la fin des années 90, quel regard portez-vous sur ces sujets de nos jours ?
Toujours le même : je suis fasciné par la révolution informatique (ce sera d’ailleurs un des sujets de mon deuxième roman) et je continue de croire au développement de l’Afrique et à la réduction des inégalités par de nombreux moyens dont les banques solidaires. Mon épouse qui est sociologue continue de travailler sur ces sujets avec la Banque mondiale et quand j’ai un doute sur le développement en Afrique je me ressource dans son optimisme.

Vous évoquez le thème de l'humanitaire en Afrique dans le livre Mes très chers amis, c'est un sujet qui vous est cher personnellement ?
Ce n’était pas une vocation au départ. Je suis allé à la Banque mondiale un peu par curiosité et un peu pour compléter ma formation, enrichir mon cursus et là j’ai attrapé le virus de l’humanitaire et je suis resté 20 ans.

La première femme de Guillaume Einaudi est artiste, appréciez-vous l'art et quel est votre artiste préféré(e) ?
Hou là, question difficile... Vous voulez un seul nom ? Si l’on se cantonne à la peinture, j’ai été longtemps inspiré par Mondrian, fasciné par l’évolution de son art, de son église village à Broadway Boogie Woogie en passant par les célèbres compositions. Du figuratif à une abstraction architecturale, presque idéale... C’est extraordinaire... Mais bon... il y a d’autres artistes qui m’inspirent. Oui je sais... je n’ai droit qu’à un seul artiste aujourd’hui.

Nous n'avons pas encore eu l'occasion de parler de l'amour et de l'amitié dans votre livre, pourtant ces thèmes occupent une place importante... Comment avez-vous travaillé ces aspects ?
J’ai fait un travail d’introspection et de mémoire. Qu’ai-je ressenti à tel moment de ma vie ? Comment ai-je vécu telle dispute, telle rupture ? Et puis j’ai essayé de réduire le nombre de mots, d’être précis, d’écrire juste parce que c’est pour moi encore plus important pour ces thèmes intimes.

Avez-vous eu l'occasion de faire quelques séances de dédicaces (en avez-vous d'ailleurs de programmées ?) et quels sont les premiers retours de vos lecteurs ?
J’ai dédicacé de nombreux livres pour des amis, des lecteurs, mais chez moi. Je n’ai pas encore fait de séances en librairie, mais j’espère en faire bientôt. Le retour des lecteurs m’a fait plaisir car il a été positif. Les premières semaines c’était les amis, alors je me suis dit qu’un ami ne peut qu’être encourageant, mais huit semaines après la sortie du livre, je reçois des retours de lecteurs que je ne connais pas et qui eux aussi semblent avoir aimé le livre. J’en suis ravi... Pourvu que ça dure :-)

Sur Facebook, vous avez évoqué un sondage sur la difficulté pour un écrivain de publier un livre. Comment avez-vous vécu ce passage pour votre ouvrage ?
J’anticipais que trouver un éditeur (avec un contrat à compte d’éditeur) ce serait un test difficile, mais un ami écrivain qui avait aimé le manuscrit a tout fait pour me faire oublier que c’est (statistiquement) impossible... Ça m’a aidé à ne pas trop m’angoisser, mais c’est vrai que chaque lettre de refus vous fait passer un mauvais moment (surtout les réponses standards pour lesquelles on se demande si quelqu'un a vraiment lu le manuscrit chez cet éditeur-là)... Mais bon, Robert (mon ami écrivain) avait raison : ce n’était pas impossible de signer un contrat d’édition.

Travaillez-vous déjà sur un nouveau livre ou avez-vous des idées pour un futur ouvrage ?
Oui je travaille à un deuxième roman. En fait, depuis que j’ai commencé alors que j’écrivais le premier. Un matin je relisais un passage écrit la veille qui me plaisait bien et j’étais plutôt content et tout à coup je me suis demandé si je serais capable décrire sur des sujets différents : est-ce que j’ai un autre livre en moi ? La question est revenue le lendemain, puis le jour d’après alors pour soulager cette angoisse, j’ai commencé à chercher une autre histoire, d’autres personnages et un livre s’est imposé à moi... Un livre sur la technologie et l’art, l’esthétique. Rassurez-vous pas un plagiat de Hegel ou Heidegger, il devrait y avoir du suspense, de l’actualité, un meurtre aussi je crois et un peu d’humour. Donc oui, j’écris un deuxième livre et bien sûr je me suis déjà demandé si j’en avais un troisième :-).

Vous préférez les questions de cette interview ou vous auriez aimé répondre à celle de votre personnage Reinhardt ?
Ha ha . En me mettant dans la peau de Guillaume, j’ai déjà répondu un peu à Reinhardt... Sans vouloir vous flatter j’aime bien vos questions. D’abord, elles montrent que vous avez pris le temps de lire le livre. Ensuite elles m'ont fait réfléchir. Voilà maintenant, je me demande si je n’aurais pas du m’inspirer de Mondrian pour l’art de Mathilde :-) ... Même si Niki de St Phalle doit continuer de jouer un rôle particulier dans le roman. Mais Reinhardt aussi m’a posé des questions qui m’ont fait réfléchir...
Reconnaissons toutefois que lui, il n’est pas sympathique.

Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
J’aimerais encourager tous ceux qui comme moi ont ou ont eu envie d’écrire et qui n’osent pas le faire de passer à l’acte. Roman, nouvelles, poèmes, pensées... peu importe. Si vous ne trouvez pas d’éditeur, il y a l’autoédition et c’est très bien. C’est un projet qui vous rendra heureux, vous rapprochera de vos (vrais) amis et vous en fera connaître de nouveaux.

Merci à François Rantrua d'avoir répondu à notre interview !
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A propos de Mes très chers amis de François Rantrua

Contraint par son mystérieux interlocuteur d’expliquer les évènements qui ont « fait basculer son existence », Guillaume Einaudi doit se mettre à table. Il voit défiler devant ses yeux le film de sa vie, dans un suspense qui tiendra le lecteur en haleine jusqu’au dernier coup de théâtre. Même s’il ne dit pas toujours toute la vérité, notre personnage raconte de nombreuses péripéties, que ce soit avec sa ravissante épouse Mathilde, avec son beau-frère, le flamboyant et sulfureux baron Alexandre de Naurley, dit ADN, ou encore avec d’autres « amis » plus ou moins recommandables...

ISBN : 978-2812710384
Titre : Mes très chers amis
Auteur : François Rantrua
Editeur : Les Presses du Midi
Pages : 209 pages
Prix : 17€ (format broché)

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