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Checler : son EP éponyme

L'EP du jeune Aixois Checler de 24 ans joue avec les codes du rap et de la chanson, les beats électroniques et le sens des mélodies pop. Checler chante les angoisses et les espoirs de sa génération, raconte l’écueil du doute, des galères et de la force nécessaire pour atteindre ses rêves.
Conteur d’histoires - celles des autres et la sienne, Checler assume sa fragilité en conjuguant humilité et humour, avec des mots boomerang et une plume poétique et sensible.

Checler (crédit Swann Lucas)

crédit visuel : Swann Lucas

Nous y sommes. Enfin les étiquettes tombent. Où commence le rap et où s’arrête la chanson française ? Aujourd’hui les artistes ont décidé de ne plus choisir. D’assumer qu’ils avaient grandi autant avec Public Enemy que Brassens. Le rap, oui, était un enfant de la chanson française. Depuis toujours. Il lui fallait juste un peu de temps pour écraser ses complexes.

Au début, ce sont des voix, entremêlées, lointaines. Des anonymes qui (se) racontent. Une guitare s’en mêle. Et puis entre une voix, claire, sans filet, une voix qui dépasse ses dernières protections pour mieux exister. Celle de Checler, 24 ans. Jérémy de son prénom.

Il grandit à la campagne, sous le soleil d'Aix-en-Provence, avant d'intégrer le conservatoire de Paris, ville où il écrit et compose aujourd'hui, tout en y enseignant la musique.
“Je crois que j’ai un bon fond, moi, je veux un bon flow... J’ai pas toujours toute ma tête mais j’ai encore tout mon coeur” chante-t-il dans L’Écueil, extrait de son premier EP, enregistré et produit à la maison. Un titre qui plonge au cœur des entrailles d’une jeunesse de France qui ne sait plus conjuguer au futur. Qui avance, malgré les fantômes du Bataclan, un système politique malade qu'elle rejette, un cynisme galopant, les réseaux sociaux cannibales.

Checler chante sans mythomanie les états-d'âme d’une génération qui tâtonne, et qui cherche à s'offrir la liberté de quitter les sentiers battus. Son écriture est saisissante de justesse. Parfois ironique, souvent mélancolique, il raconte la vie et les excès d'une jeunesse qui doute, avec - paradoxalement - une grande lucidité. Un miroir précis et insolent de sa réalité.

On le retrouve dans le clip de L’Écueil, réalisé par Swann Lucas, où l'on croise des jeunes Français dans leur quotidien, de leur réveil à la tombée de la nuit, et déambule avec eux. Mais c’est Checler qui se dévoile ici, en réalité. C’est Checler qui tend la main pour mieux se dire et c’est très fort. Dépasser l’écueil du doute : “Je ne veux pas étouffer, je ne veux pas simplement me raconter, moi. J’ai parfois besoin d’ouvrir sur le monde, sur les autres, c’est vital pour moi.”

À sept ans il écrit déjà ses premiers textes, à neuf ans, il se met à la guitare. A 14 ans, il envoie ses premières maquettes à des maisons de disques et entre en contact avec le Directeur Artistique qui finira par le signer 10 ans plus tard sous son projet éponyme. Ado, il monte un groupe de rock et se rode sur scène pendant des années, à Marseille comme à Paris. Il écoute AC/DC, Led Zep, Metallica. Entre études musicales et projets artistiques en tous genres, il travaille dur, ne lâche rien. C’est en lui, pour lui, et il le sait. Un jour, on lui fait découvrir Hocus Pocus et Orelsan. Un nouveau déclic. Au Conservatoire, il rencontre Eliott Sigg, jeune multi-instrumentiste et producteur de MAO (Musique assistée par ordinateur). Les deux décident de s’associer. Ils se cherchent et finissent par se trouver. Des mois et des mois à expérimenter loin de la lumière. Trois années de labeur acharné avant cet EP à la lumière noire et aux mots boomerang.

Checler est un control freak qui confesse sans problème qu’il manque parfois de confiance en lui. C’est d’ailleurs cette fragilité assumée qui lui a permis d’écrire ces belles chansons qui naviguent en permanence entre autobiographie et extérieur. Checler est un timide qui va vers l’autre grâce à la musique. Pour effleurer le meilleur, Checler a peut-être besoin de valser avec le pire. L’humanité, il veut la regarder droit dans les yeux. Sur cet EP, il y a encore Mystère, prolongement de L’Écueil, de l’ego tripes, si l’on osait... Orelsan, Souchon, peu importe, Checler ne triche pas. Avec Caisse Claire, il incarne l’autre, dans toute sa diversité et ses paradoxes : “L’écriture me permet de fuir le rapport binaire aux choses. D’y apporter un peu de nuance. Là, je croise trois personnages: un homme politique, un pote à moi et une fille dans une boîte qui se fait abuser par son patron à tous les niveaux” précise-t-il. Londres est une chanson d’amour, à la fois aérienne et intime, douce comme une caresse qui en appelle d’autres. Enfin, « Quand Arrive mon Train », avec son sample éternel, est “un morceau d’expatrié (rires).C’est un pur son d’expat, d’un mec qui débarque dans la capitale et le spleen qui va avec” dit Checler. C’est exactement ça. Le déracinement et le besoin d’en découdre avec la fatalité. Devenir quelqu’unailleurs que là d’où l’on vient. C’est émouvant et drôle, sépia et touchant.

À 14 ans, Checler assiste à son premier festival, les Francofolies. Il se projette, une image se grave dans son esprit : En être, un jour. Etre là-bas, sur cette scène immense et chanter devant un public. Son public.
Il y est. Presque. Il y va.

Checler - L'Ecueil (Video Officielle)

Musique

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