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Cartographie du désastre de Cyril Amourette

Dans le recueil de nouvelles Cartographie du désastre, Cyril Amourette explore les faces cachées de notre civilisation, nos erreurs et réponses improbables dans un monde au bord du gouffre.

Cartographie du désastre - Cyril Amourette

Interview de Cyril Amourette

Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire dans votre vie et quel auteur vous inspire ?
«Poussé », je trouve que le verbe est particulièrement bien choisi. Qu’est-ce qui peut bien pousser quelqu’un à s’asseoir plusieurs heures par jour à son bureau, dans un silence monacal et mettre en mots les voix qu’il a dans la tête ? Et pourtant, de par le monde, des milliers de fous s’adonnent à ce vice. Alors pourquoi ? Cette question est peut-être la seule qui compte. Et elle ne peut pas avoir une seule réponse. Pour ma part, ces voix sont très envahissantes, et si je ne les fais pas sortir de temps en temps, je deviens fou. Tout simplement.
Pour les auteurs, il y en a beaucoup. Alors pêle-mêle, non-exhaustivement et sans logique apparente : H.P. Lovecraft, J.G. Ballard, J. Conrad, J.L. Borgès, A. Moore, W.S. Burroughs, J. Abeille, O. Tezuka, E.A. Poe, G. de Maupassant, A. Moore, F. Kafka.

Pouvez-vous nous présenter votre livre Cartographie du désastre ?
Ce livre est un recueil réunissant des nouvelles écrites ces 6 ou 7 dernières années. Après un déménagement et un changement de vie professionnelle, je me suis véritablement mis à écrire. J’ai publié dans divers revues, sites ou anthologies. J’ai regroupé ces nouvelles et d’autres que j’ai autopublié ; Lionel Cruzille les a lues et a adorées. Quand il a lancé les Editions L'Alchimiste, il m’a tout de suite proposé de publier Cartographie du Désastre. Comment refuser !

D'où vient votre inspiration et pourquoi avoir fait le choix d'écrire sur l'avenir de l'Homme et ses actes dans cet ouvrage ?
De partout et de nulle part ! Il faut faire entrer le monde dans sa tête, mélanger plusieurs idées, plusieurs concepts, plusieurs références, puis coucher tout cela sur le papier. Parfois, cela prend, d’autre fois, non. Je ne sais jamais à l’avance si une tentative va réussir ou échouer. Il y a d’ailleurs plus d’échec que de réussite dans mes cahiers et dans mon disque dur !
J’ai animé pendant plusieurs années, avec mon ami et fidèle correcteur Cédric, un blog sur les mutations, Schizodoxe. Les mutations dans tous les domaines : science, religion, société, art, littérature. J’y ai amassé une quantité invraisemblable d’idées, faits historiques et autres anecdotes pour écrire des centaines de nouvelles et quelques romans. Tout ce que l’on peut prendre pour « l’avenir de l’Homme » est en fait déjà là, peut-être de manière embryonnaire, mais les germes de toutes mes nouvelles sont déjà disponibles dans le monde actuel.

Pourquoi avoir fait le choix de faire de courtes nouvelles, plutôt qu’approfondir l’histoire dans un roman ?
J’aime le format des nouvelles. La concision, la précision des nouvelles me fascinent. Ce format de fiction est idéal pour décrire, en quelques mots, en quelques lignes, une situation complexe. Et puis j’aime écrire avec des contraintes, en nombre de signes limités, avec un thème donné ou bien à partir d’une citation.
Quand on veut raconter une histoire, la nouvelle est parfaite. Pour un roman, il faut des personnages, des points de vue, une narration. Dans une nouvelle, je conte simplement une histoire, sans fioriture. Je ne suis pas un bon lecteur de saga en 3 tomes et 500 000 mots, alors en écrire…

Il parait que vous refusez d’aller jouer avec vos enfants dans les bois pour écrire vos livres. C’est tellement immersif à ce point ? Laquelle de vos nouvelles avez-vous pris le plus de plaisir à écrire ?
En relisant cette phrase, que j’ai mise en introduction de ce recueil, je m’aperçois qu’elle peut effectivement porter à confusion ! Ce n’était pas mon intention. Je voulais simplement dire qu’écrire n’est pas si important que cela. Qu’il y a toujours mieux à faire. Mais quand j’écris, je ferme la porte.
Physiquement et mentalement. J’écris en silence, seul. Je ne suis pas de ceux qui arrivent à écrire à la table d’un café, dans le brouhaha du monde moderne. Alors parfois oui, mes enfants viennent toquer à ma porte pour me rappeler que le réel est toujours là, et qu’il demande beaucoup d’attention pour ne pas disparaître.

Peut-on en savoir plus sur l’illustration de couverture de Cartographie du désastre ?
C’est Lionel qui m’a fait découvrir cet artiste. On a décidé ensemble d’une illustration pour la couverture. J’aime les astronautes, les ruines, les cataclysmes et je trouvais que cette illustration, même si elle ne décrivait pas précisément une nouvelle du recueil, reflétait l’état d’esprit de l’ensemble.

Avec Nicolina et Éva, on dirait que la mutation Humaine (humanoïde, génétique) vous passionne...
En effet, les mutations, les contaminations, les sélections m’intéressent énormément. Tout d’abord, c’est un moteur puissant de narration. La mutation permet de faire avancer une situation, un personnage, un décor. C’est un nœud narratif intéressant à utiliser. Ensuite, notre monde réel est un vaste champ de mutations, de possibles. L’hybridation culturelle, politique, religieuse, contamine tout. Je ne dis pas que c’est nouveau dans l’histoire de l’humanité, mais je pense que c’est devenu la norme actuellement dans bon nombre de domaines. Pour le meilleur et pour le pire.

On se projette dans le futur avec vos nouvelles. La majorité, à l’exception de certaines comme Nicolina, n’ont pas de référence temporelle précise. Ça veut dire qu’il y a une part de réversibilité dans cet « imaginaire réaliste » ?
Il n’y a rien de pire que d’écrire du « futur du passé », à moins de le faire dans un but de pastiche ou de référence. Le futur dans deux cents ans ne m’intéresse pas. Je parle de maintenant ou de demain matin, au maximum. J’aime beaucoup votre expression « imaginaire réaliste », que je pourrais aussi compléter par « fiction spéculative ».

Aimeriez-vous que les gens prennent conscience de ce qu’il se passe pour la Terre et l’Humanité à travers votre livre afin d’agir ? Le fait qu’il soit étudié à l’école ou que des débats soient organisés vous ferait-il plaisir ?
Par pitié, non ! Je ne pense pas que les livres puissent changer le monde. Encore moins les miens. Le monde n’a pas besoin des livres, d’ailleurs l’humanité s’en est très bien passée pendant des millénaires, avant l’écriture, avant l’imprimerie. Et puis j’ai tendance à me méfier des gens qui veulent agir pour faire changer les choses, ça a tendance à toujours se terminer dans un bain de sang.

Selon vous, quelle nouvelle a le scénario d’anticipation le plus probable pour l’humanité ?
Aucune j’espère ! Mais je m’attends au pire, tout en espérant le meilleur.

Que pensez-vous d’une transition entre les bébés qui ont défrayé la chronique récemment avec leurs membres atrophiés (avec une suspicion sur des produits chimiques) et votre nouvelle Sans patte ?
Je ne connais pas bien l’affaire, mais cette nouvelle m’a été inspirée par deux choses : l’activisme antispéciste qui prend de l’ampleur dans nos sociétés postindustrielles ces dernières années et ces images d’enfants lourdement handicapés suite à la catastrophe de Tchernobyl. Comme vous pouvez le voir, l’inspiration est partout.

Au sujet d’un passage TV, vous avez récemment dit sur Facebook : « faut pas non plus effrayer le lecteur, lui dire que ça va lui coller une migraine mémorable, une déprime de 666 jours et l’envie de se barrer dans un abri survivaliste. » C’est à ce point-là ? Car quand on lit ces fictions on n’a pas si peur que ça, c’est plutôt une réflexion ou une leçon à prendre...
En effet, j’aime noircir le tableau ! Mes nouvelles ne sont pas « si » effroyables que ça. D’ailleurs, je n’écris pas pour choquer ou pour donner des leçons. J’aime juste commencer la journée en me disant : « et si… ».

Vos nouvelles ne sont pas un désastre... Début septembre vous étiez classé Top 3 des ventes sur Amazon. Satisfait de cette situation et que pensez-vous des lecteurs qui se sont saisis de Cartographie du désastre ?
Ah ah ! Il faut se méfier de l’algorithme d’Amazon ! On peut remonter dans le classement parce qu’un autre livre se vend moins bien dans la semaine, ou bien parce que vous en avez vendu un seul. L’IA qui contrôle le site d’Amazon est censée être l’une des plus avancées au monde, alors quand on voit les suggestions qu’elle nous propose on se dit qu’elle a encore des progrès à faire, ce qui est rassurant – ou effrayant –, tout dépend du point de vue.
J’essaye de ne pas penser aux lecteurs. Jamais.

Des séances de dédicaces sont-elles prévues et qu’appréciez-vous dans le fait d’échanger avec vos lecteurs ?
Oui, c’est une des ambitions des éditions L’Alchimiste, parcourir la France pour faire découvrir ses auteurs !
Je trouve fascinant de voir vivre ce que l’on a écrit. Une fois que c’est publié, je n’ai plus d’emprise sur mes mots, ils contaminent le réel, les esprits des lecteurs. C’est une sorte de virus, de virus télépathique, j’entre littéralement dans la tête des gens. C’est très excitant.

Est-ce que c’est difficile de trouver un éditeur pour se faire publier et peut-on dire que les éditions L’Alchimiste vous ont aidé puisque votre livre collait avec leur ligne d’édition ?
Paradoxalement, il y a beaucoup d’écrivains et beaucoup de (petites) maisons d’édition, mais il est toujours difficile de passer les comités de lecture. Pour ma part, c’est un peu différent, ce sont eux qui sont venus me chercher pour me publier ! Mais si je peux donner un conseil aux jeunes écrivains c’est de persévérer et de se relire. De se relire plusieurs centaines de fois. Pas moins.

Travaillez-vous déjà sur un prochain livre et quel en sera son thème ? Le guide du survivaliste dans l’univers post-apocalyptique ?
Je travaille sur plusieurs projets. Je n’arrive pas à me fixer. J’ai (toujours) en projet de me replonger dans les récits interactifs, type Livre dont vous êtes le héros. J’espère finir un premier jet avant la fin de l’année.

Que souhaitez-vous dire pour conclure ?
Merci pour cet entretien et j’aimerais donner un conseil ou un ordre à tout le monde et surtout aux jeunes écrivains : lisez, lisez, lisez et de temps en temps, allez vous promener en forêt.

Merci à Cyril Amourette d'avoir répondu  à notre interview !
Retrouvez le sur Facebook et suivez l'actualité du livre Cartographie du désastre sur cette page.

A propos de Cartographie du désastre de Cyril Amourette

Dans ce recueil de nouvelles, Cyril Amourette explore les faces cachées de notre civilisation, nos errances, nos erreurs et nos improbables réponses à ce monde au bord du gouffre. On y découvre un naufragé sur Terre, des nuits sans sommeil, des arbres victorieux, une enfant androïde kidnappée, un centre commercial émeutier, l’Ève mitochondriale, des animaux mutants, Margaret Thatcher sous LSD et le jour où Ballard est mort.
Tout du long, l’auteur nous parle de nous-même et d’une ombre qu’on ne veut pas forcément voir.
Une anticipation aux confins de Ballard et Black Mirror.

Cyril Amourette rêve de cités oubliées, d’histoires sombres et de personnages troubles. Il en ramène des récits dérangeants, labyrinthiques et dangereux. Parfois.
Il espère le meilleur mais s’attend au pire. Armé.

Cartographie du désastre
Cyril Amourette

Editions L'Alchimiste

Version numérique :
ISBN : 978-2-37966-005-4
Prix public conseillé : 4,99€

Version papier : disponible début 2019
ISBN : 978-2-37966-003-0
Prix public conseillé : 9,99€

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