Publicité

Bill Deraime : l'album Nouvel Horizon

Ce nom n'est pas qu'un nom. C'est une flamme qui brûle depuis longtemps. C'est un homme que les nouvelles générations ne connaissent pas. Pas encore. C'est un gamin né du côté de Senlis, loin des quartiers bourgeois, quand les canons internationaux avaient à peine cessé leur mélodie de massacre.
Bill Deraime sort l'album Nouvel Horizon, désormais disponible.

Bill Deraime

Un jour, il entend Ray Charles. Quand ses amis choisissent probablement le rock&roll pour y croire encore, lui, ce sera le blues. Pour toujours. Pas d'argent dans la famille et donc, le piano, mme pas la peine d'y penser. Une guitare, offerte par son père, fera l'affaire. Il reprend très vite le What'd I Say du genious Brother Ray. C'est désormais en lui, pour lui. Le temps s'écoule. Les disques avec.

Au compteur, une vingtaine d'albums. Quelques tubes, dont l'incontournable Babylone Tu Déconnes en 1981, des centaines de chansons surtout, autant de salles oubliées, de clubs anonymes, de MJC de banlieue, d'Olympia également. 

Bill Deraime a la voix déchirée, impossible à confondre avec celle d'un autre, la guitare sensible et aventurière, il regarde le monde droit dans les yeux et n'a jamais oublié d'où venait cette musique qu'il aime tant, le blues. Des chaînes, de l'homme écrasé, d'au delà des nuages de la compromission et de la violence. Le cliché de l'artiste maudit serait peut-tre une facilité, un raccourci trompeur. Mais il y a de ça.

Il a tellement donné, on lui a tellement emprunté sans jamais lui rendre... Il a fréquenté des pointures, côtoyé les grands et puis... 2017. Bill Deraime respire encore. Il reçoit chez lui, dans le neuvième arrondissement, un jour de pluie de glace et de vent sans drapeau blanc. C'est Florentine, sa femme, qui ouvre la porte. En un simple regard et quelques mots d'accueil d'une douceur rarement croisée ces dernières années, elle met à l'aise, elle détruit les dernières résistances. L'appartement est un livre ouvert sur deux existences que l'on devine bien remplies. Des tapis un peu partout, des ouvrages, des tableaux, des couleurs qui se mlent pour distiller une magie presque palpable. Au fond, dans une pièce plongée dans l'obscurité, où Bill provoque ses tripes pour composer ses chansons, dorment ses instruments, y compris ses douze cordes, qu'il aime plus particulièrement. Une harmonie se dégage de ce décor comme tombé d'un autre siècle. On s'y sent bien sans attendre.

On devine qu'ici, on a préféré vivre les choses plutôt que de simplement les collectionner. Bill arrive, géant paisible, qu'il ne doit pas trop falloir asticoter non plus. Il dégage une force proprement démente. Barbe et cheveux blancs, il est à la fois Ezra Pound, Romain Gary et le roi Arthur (lui qui avait baptisé l'une de ses guitares Escalibur...), un marcheur pour les hommes, un troubadour, celui qui va de ville en ville pour chanter ce que nous sommes sans toujours le savoir. Bill a 70 ans, le temps a fait son oeuvre, bien sûr, mais ses yeux racontent autre chose, peut-tre la foi, le refus d'abdiquer, l'amour plus que la haine. Bill est chrétien. Il n'agite aucun étendard. La transcendance ne lui est pas étrangère, en cette époque de consumérisme malade et de sang sur les trottoirs et les mains.

Elle se retrouve d'ailleurs fréquemment dans sa musique. Bill Deraime n'ignore pas que l'homme peut et doit s'élever, malgré la souffrance, l'horreur, la fin. C'est à ce prix qu'on peut encore avancer, croire, tre. Et ses chansons dévoilent ça, souvent. Elles incarnent, elles disent, elles déchirent le voile du cynisme roi. Elles sont d'une beauté sauvage, pas encore apprivoisée en tout cas, elles existent par elles-mmes, sans trucages ni mensonges.

Nouvel Horizon, son nouvel album (sur le label Rupture), composé et enregistré entre Paris, la banlieue et la Normandie, sur ces quatre dernières années, comporte 19 titres. Il y a des purs inédits, des chansons de lui que l'on connaissait et que l'on redécouvre avec une émotion qui doit moins à la nostalgie qu'au plaisir non négociable de retrouver un ami que l'on pensait disparu, des duos, beaucoup, certains évidents et fédérateurs, d'autres surprenants et jubilatoires, il y a des hommes qui chutent et se relèvent, des morts qui reviennent à la vie, des genres qui se croisent pour le meilleur, du reggae, la nouvelle Orleans, une terre qui brûle, de la solitude et de la communion, des larmes et des rires, il y a tout ce qui fait l'humanité. Il y a le blues. Le blues encore et toujours, mme, si, parfois, il se déguise pour mieux viser le coeur ?

Le clip duo « Sur le bord de la route » avec Kad Merad

Musique

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire