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Amandine Ricart : la BD César Macronus et la révolte des toges jaunes

Depuis novembre les gilets jaunes s'emparent des rues chaque samedi. Il n'en fallait pas moins pour qu'une BD comique et décalée, liée à l'actualité voit le jour. Nous avons pu échanger avec Amandine Ricart qui réalise un financement participatif pour la sortie de son livre César Macronus et la révolte des toges jaunes.

Cesar Macronus et la revolte des toges jaunes

D'où vous est venue la passion pour la caricature, l'humour et le dessin ?
J'ai toujours aimé me moquer gentiment de mon entourage par le dessin. Le cercle a commencé par ma famille, puis mes camarades de classe, mes professeurs. Voyant que mon activité de caricaturiste suscitait de l'amusement et des rires contagieux, j'ai commencé à intervenir de façon professionnelle pour des évènements et maintenant... je m'attaque aux célébrités et aux politiques. En fait, je me moque de tout le monde.
Concernant le dessin, j'étais à l'aise très jeune avec un crayon de papier à la main, surtout pendant les heures de cours...

Pouvez-vous nous présenter votre BD César Macronus et la révolte des toges jaunes ?
César Macronus et la révolte des toges jaunes est une BD humoristique dont l'intrigue se déroule à l'époque gallo-romaine mais dont le sujet traite de l'actualité brûlante des gilets jaunes et du paysage politique français. Centurion Castanerus, Légionnaire Bénallam, Feknius (journaliste), Colérix (JL Mélenchon), Transitionénergétix (Nicolas Hulot), Blonde de Neuillix (Marine Le Pen) sont autant de personnages familiers hauts en couleur que vous retrouverez soit du côté gaulois, soit du côté romain... soit des deux ! Les traits de caractère des personnages sont bien-sûr amplifiés car je souhaitais rester dans une veine satirique. Même si mon coeur penche plus du côté gaulois que romain, tout le monde en prend pour son grade : je ne veux épargner personne !
Vous retrouverez donc, sous forme d'enchainement d'épisodes les différentes aventures liées au mouvement des gilets jaunes... ponctués de quelques divagations fantaisistes.

Qu'est ce qui vous a plu dans la référence à l'époque romaine dans cet ouvrage ?
La transposition de l'actualité dans une autre époque ou un autre lieu est un procédé bien connu utilisé dans nombre de livres, de films ou d'opéras. Il permet de prendre de la distance face aux événements actuels en leur ajoutant une petite touche exotique rafraîchissante ! Des fois, il permet aussi d'éveiller les esprits tout en évitant la censure...
Calvo, un fabuleux auteur et dessinateur de BD, avait ainsi traité de l'actualité de la seconde guerre mondiale, en la transposant dans un univers cartoonesque dans lequel tous les peuples et personnages politiques étaient tous incarnés par des animaux.
Le paysage gallo-romain comme décor pour traiter du sujet des gilets jaunes s'est imposé à moi naturellement. J'imagine que l'idée a germé dans mon esprit grâce au lexique employé par les gens ou les politiciens eux-même : "l'Empereur Macron" ou "les gaulois réfractaires"... Mon amour pour les BD d'Astérix a surement joué aussi un rôle dans ce choix. Il faut rendre à César ce qui est à César : ces bandes dessinées sont de véritables chefs d'oeuvres tant par l'intelligence des scénarios, la pertinence des dialogues de Goscinny que l'expressivité des personnages d'Uderzo. De plus, ces aventures de gaulois, par leur grand succès populaire, sont ancrées dans notre culture française.

Pourquoi avoir réalisé un livre sur les gilets jaunes et pensez-vous que ce mouvement marquera l'histoire comme ce fut le cas par exemple pour mai 68 ?
Le manque de représentativité et d'intérêt pour les classes laborieuses au sein de la politique française n'est pas nouveau... Depuis Sarkozy, un dédain assumé envers ces classes était franchement perceptible, sous Hollande il était discret mais depuis Macron... il est devenu insoutenable. L'annonce de la hausse du prix du carburant n'était que la goutte de gazole qui a fait déborder le vase. Je pense que, contrairement à ce qui est rabaché dans les médias, la révolte des gilets jaunes n'est pas seulement liée à un problème de pouvoir d'achat mais plutôt à un problème de considération. Même s'il a été élu démocratiquement, le président et son gouvernement semble loin, très loin des aspirations et du quotidien du peuple. Les gens qui nous gouvernent font partie d'une petite élite qui évolue dans un univers opaque : on ne comprends pas leurs projets, leurs intentions réelles, les liens qu'ils tissent avec les industriels et les lobbies, les ententes commerciales avec des pays peu regardant sur les Droits de l'Homme, la non-cohérence entre leurs paroles et leurs actes... Heureusement que des journalistes d'investigations et des lanceurs d'alerte rendent publiques des enquêtes sur ce milieu mais ils sont de plus en plus menacés.
L'histoire de la France s'est construite sur une suite de révoltes populaires contre des régimes oppresseurs. Depuis des siècles, les français se tournent vers l'Etat et attendent de lui qu'il soit garant de la justice, assure un bon service public (le service public trouve son origine sous Saint Louis au XIIIème siècle avec les "établissements de commun profit") et protège les faibles. Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, les français se rebellent. Il me semble que nous en sommes là aujourd'hui. Aussi, il est reconnu que les grands mouvements populaires comprenaient une forte présence de femmes... ce qui est le cas du mouvement des gilets jaunes. Enfin, le désir de ne pas avoir de "chef" est un signal fort : le peuple veut mettre en oeuvre une vraie démocratie, dans son sens initial de "pouvoir au peuple" mais on voit, par le désordre qu'il suscite, combien ce système est difficile à mettre en place !
Donc, oui, étant donné que de nombreux indicateurs sont là, je pense que ce mouvement va marquer l'Histoire.

Tous les personnages clés de la présidence Macron sont présents dans la BD et on retrouve aussi... Sarkozyx. Qu'est ce qui vous a motivé dans cette incursion ?
Effectivement, Sarkozy ne fait plus partie du gouvernement mais il n'en reste pas moins un proche et fervent admirateur du Président Macron... C'est pourquoi il était tentant de lui faire tenir le rôle de conseiller flatteur dans les coulisses du palais Elyseeum. De plus, Sarkozy, comme Hollande puis Macron font partie à mon sens d'une même "lignée" de présidents défendant une politique libérale européenne. Pour preuve, Sarkozy a déclaré :" Macron, c'est moi en mieux" et François Hollande a appelé à voter pour lui...

Quels traits d'humours retrouvera-on dans votre bande dessinée César Macronus et la révolte des toges jaunes ?
L'humour se retrouvera dans le décalage opéré entre les faits d'actualité et leur transposition dans l'univers gallo-romain. On le retrouvera aussi dans les dialogues et les attitudes des personnages.

Peut-on en savoir plus sur votre choix de créer des scénettes d'1 à 4 pages autour des évènements des gilets jaunes ; plutôt que de faire une histoire peut-être plus linéaire ?
Créer des scénettes d'une à quatre pages plutôt qu'un récit linéaire me permet d'avoir une grande liberté dans le découpage scénaristique. Par exemple il y aura des flash-back ou des intermèdes sur l'affaire Benalla qui viendront ponctuer le récit. De plus, le développement d'un épisode de l'actualité politique sur peu de pages évoque la forme du dessin journalistique, forme que je revendique pour cet ouvrage.

Comment travaillez-vous vos dessins ?
Le point de départ doit être une bonne idée. Dès que je l'ai, le découpage et la mise en page se mettent en place presqu'instantanément  dans ma tête... Je passe aux croquis rapides de personnages puis au story-boarding sur papier brouillon. C'est important pour moi que cette étape soit "balancée" et mal dessinée afin d'avoir le maximum de spontanéité et libérer les idées. Il s'agit avant tout de voir comment les images s'enchainent et si le rythme est bon. Après avoir sélectionné les enchaînements d'images les plus pertinents, je passe à la mise au propre : le dessin au crayon de papier sur toute la page puis au feutre et enfin à l'aquarelle.

Avez-vous participé à des manifestations de gilets jaunes et quels sont pour vous les évènements les plus marquants ?
Je n'ai participé pour l'heure qu'à deux manifestations de gilets jaunes avec une attitude plus journalistique que militante. Il était nécessaire pour moi de considérer ce mouvement "de l'intérieur" et pas seulement d'un point de vue médiatique ou intellectuel. Le sentiment d'injustice y est fort mais il s'exprime de mille façons. Enfin, je ne souhaite pas tenir un propos manichéen dans mon album, c'est pourquoi il me tient à coeur de relever les dysfonctionnements qui opèrent dans les deux camps. Les faits les plus marquants pour moi sont ceux liés aux violences policières : l'affaire Benalla car elle révèle que l'Etat a une police parallèle ; et la mutilation de manifestants liés aux tirs de LBD. J'ai été aussi particulièrement sensible au traitement médiatique et judiciaire de l'affaire Christophe Dettinger ainsi qu'à la perquisition de Mediapart.

Pourquoi réalisez-vous un financement participatif pour votre bande dessinée et quel serait l'argument pour vous aider ?
Je réalise un financement participatif car je ne suis pas connue dans le monde de la BD : ce qui est normal car Macronus sera mon premier album ! Je ne dessinais jusqu'alors que des planches de caricatures et dessins de presse. Ce système me permet aussi de me sentir soutenue dans ce projet de longue haleine, ce qui est très motivant ! Le principe de la plateforme kisskissbankbank est qu'en fonction de la somme que versent les donateurs, une contrepartie d'une valeur équivalente leur est adressée. Dans le cas où le montant fixé pour le projet n'est pas atteint, les financeurs récupèrent leurs mises. Dans mon cas, il y aura bien-sûr les BD envoyées chez vous ainsi que des dédicaces, des dessins et des cadeaux personnalisés.

Vous pouvez soutenir la BD César Macronus et la révolte des toges jaunes d'Amandine Ricart sur KissKissBankBank.

 

Quel est votre avis sur le traitement médiatique du mouvement des gilets jaunes ?
Au tout début du mouvement, on nous assurait que la révolte allait vite s'essouffler... Puis voyant que la prévision était quelque peu erronée, les médias ont changé de technique. Du déni, ils sont passés à la décrédibilisation : on allait interviewer les culs-terreux si possible rustres, tenant des discours simplistes ou hostiles aux étrangers. Il s'agissait de montrer aux braves français que les gilets jaunes étaient des "ploucs" et que, pour peu que l'on soit "bien éduqués", on ne pouvait pas soutenir ce mouvement. Sauf que, bien loin de démotiver les gens, le sentiment d'être déconsidérés voir humiliés par les médias (et les politiques) a fait que les personnes se sont fédérées, rassemblées et ont commencé à dialoguer passant outre les barrages des opinions politiques... Ce qui est un phénomène assez inédit. Il y a eu une prise de conscience que, si on arrivait à dépasser ces clivages, on pourrait former une véritable force d'opposition (la volonté de ne pas avoir de représentant politique vient aussi de là). Voyant que la tournure des événements n'allait pas dans le sens attendu, le ton est monté d'un cran du côté des médias de masse, et on est passé à une hostilité franche contre les gilets jaunes. Ces derniers étaient des violents, des fauteurs de trouble, des casseurs, des antisémites, des complotistes. Les médias nous ont alors matraqués d'images violentes jusqu'à l'écoeurement. Violences toujours commises par les gilets jaunes bien entendu. A tel point qu'il devenait difficile de rester plus de dix secondes devant la télévision sans avoir envie de zapper. Curieusement, dans le même temps, les réseaux sociaux et des témoignages de simples manifestants relataient une version toute différente des événements. C'est là qu'on a commencé à entendre parler des pratiques policières peu appropriées à un contexte de manifestation sociale : enfermement des manifestants dans des nasses puis envoi de gaz agressif sur la foule, envoi de grenades de désencerclement, tirs de LBD causant des mutilations, des éborgnements, des trous dans la peau à vie, violences physiques, matraquage de manifestants... des pratiques musclées dignes de pays en dictature. Mais les médias n'en touchaient mots, même mieux, lorsqu'un bruit sur le sujet courrait, il le démentait bien vite en clamant à la "fake news". Puis, la pression étant trop forte, les vannes ont fini par craquer et ils ont dû aborder le sujet. Aujourd'hui, on est au temps de l'attente, du statut quo et d'une forme de lassitude : on a juste envie d'entendre parler d'autre chose que des gilets jaunes ! On peut cependant constater que les problèmes de fond ne sont quasiment jamais abordés par les médias : à quand un reportage sérieux sur l'origine du phénomène "gilet jaune" ? Il parait désormais évident que les liens entre le monde politique et les médias sont plus qu'étroits. Je vous invite à consulter un graphique du Monde Diplomatique nommé "Médias français, qui possède quoi ?" représentant sous forme schématique l'ensemble des patrons et financeurs des principaux journaux et chaines de télévision du paysage français, vous comprendrez que l'objectivité journalistique ne peut pas être exercée dans un tel contexte de conflit d'intérêt.

Une indiscrétion à nous donner sur César Macronus et la révolte des toges jaunes ?
L'idée de réaliser la BD est partie d'un canular : j'ai réalisé une "fausse" couverture de BD intitulée César Macronus et la révolte des toges jaunes en reprenant les codes visuels d'Astérix et je l'ai posté sur Facebook. En quelques heures, l'image a fait un buzz incroyable et s'est partagé des centaines de fois. De là, j'ai commencé à prendre la blague plus au sérieux et ai réalisé que l'idée méritait peut-être d'être creusée !

Vous réservez-vous encore un peu de temps pour faire évoluer l'histoire en fonction de l'actualité des gilets jaunes ou un tome 2 pourrait-il voir le jour ?
L'un des intérêts de cette bande dessinée est qu'elle évolue en fonction de l'actualité dont j'ai fixé l'arrêt en Novembre 2019, date à laquelle l'album, si la cagnotte est réunie, partira à l'impression. Mais à priori, je ne prévois pas de réaliser un tome 2.

Selon vous, quelle va être la suite des évènements sociaux ?
Tout dépend de l'attitude du gouvernement... et à sa capacité à apaiser. Mais le peuple est chauffé à blanc, il suffirait d'une étincelle pour que la situation s'enflamme.

Aurez-vous l'occasion de rencontrer les lecteurs de César Macronus et la révolte des toges jaunes pour des séances de dédicaces ?
Bien-sûr, et ce serait un réel plaisir que de rencontrer mes premiers lecteurs ! Au lancement de l'album, je compte participer aux principaux salons de bandes dessinées de l'Ouest de la France.

Merci à Amandine Ricart d'avoir répondu à notre interview !
Retrouvez la également sur Facebook, pour suivre son actualité.

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