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Les quinzièmes quatuors

Les chants les plus désespérés sont-ils les plus beaux ? Pour son grand retour à Dijon, le Quatuor Hagen propose un programme d’œuvres testamentaires qui marquent l’apogée de la maîtrise d’un genre chez deux compositeurs que tout semble opposer. Dernier quatuor écrit par Schubert, le Quinzième porte à son point de fusion la tension et l’instabilité émotionnelle. Oscillant sans cesse du mineur au majeur, de la plus profonde déréliction à l’espoir d’une rédemption, il emporte l’auditeur au sein de la tempête la plus violente qui ait jamais soufflé sous un crâne et dans un cœur. Mais sous la bourrasque se cache aussi une des partitions dans laquelle Schubert a poussé le plus loin le souci de cohérence et d’unité architecturale, une forme d’un art consommé et d’un dramatisme redoutablement efficace. Le violoncelle s’y voit notamment confier une place inhabituelle ou son lyrisme chaleureux se fait consolation et apaisement. Si l’espoir se laisse parfois entrevoir chez Schubert, la mort et la désolation seules règnent sans partage dans le dernier quatuor de Chostakovitch. Réplique autobiographique, quinze ans après, du Huitième (interprété par le Quatuor Casals), il enchaîne six mouvements lents comme autant de cercles infernaux qui rongent toujours plus profondément la moindre trace de joie et d’espérance, jusqu’à disparaître dans le silence d’un néant sans rémission. Mais au cœur même du désespoir, dans les affres les plus douloureuses de l’âme humaine, l’art ne représente-t-il pas l’ultime secours ?

Auditorium Dijon

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