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Carnet d’un disparu - Janáček

Œuvre inclassable, cycle de chants non directement conçu pour mais appelant la scène, Carnet d’un disparu forme avec Kátia Kabanová et le Premier Quatuor une sorte de trilogie de la femme. Mais si dans ces deux dernières œuvres la femme finit en victime de la société et du mariage, dans ce premier volet, c’est au contraire en libératrice qu’elle est présentée, amenant l’homme qui l’aime et qu’elle aime à braver les interdits et à rompre avec les siens pour assumer sa vie et ses sentiments. Les textes des poèmes paraissent en mai 1916 dans le journal de Brno Lidové noviny. S’ils sont en fait l’œuvre du poète morave Josef Kalda, ils y sont présentés comme une histoire vraie écrite par son principal protagoniste. Janáček se reconnaît sans doute, lui qui est épris d’une femme mariée de 38 ans sa cadette, dans cette histoire d’un paysan s’exilant de son village pour suivre la Tzigane qu’il aime et l’enfant qu’ils ont eu ensemble. Il met rapidement en musique le cycle complet pour ténor, alto, trois voix de femmes et piano. C’est cette version originale — bien supérieure à l’orchestration maladroite réalisée plus tard par deux collaborateurs du compositeur — qu’a choisie Emmanuelle Cordoliani pour cette version scénique d’une œuvre qui a toutes les caractéristiques d’un opéra de chambre. Ce récit à la première personne — la Tzigane y est plus une apparition étrange qu’un personnage à part entière — conte tout autant les étapes d’une passion dévorante que celles d’une émancipation : rencontre, fascination, répulsion puis obsession, désir et fuite vers l’inconnu, avec une subtilité et des nuances psychologiques qui sont celles des plus grandes réussites lyriques du compositeur.

Auditorium Dijon

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