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Le malade imaginaire au Havre

Du temps de Molière comme dans la France d'aujourd'hui championne de l'usage de médicaments, l'hypocondrie est une disposition mentale, un théâtre intérieur, une représentation.
Dans un moment de vertige fameux Le Malade imaginaire est représenté pour la première fois au Théâtre du Palais-Royal, le 10 février 1673.
Le 17 février Molière meurt sur scène.
Dans la France de la deuxième moitié du XVIIème siècle se joue une bataille d'une grande violence, celle des circulationnistes contre les anti-circulationnistes. « Non et non » dit la médecine officielle à l'encontre des récentes découvertes,
« le sang ne peut pas circuler, y a rien à voir ! ».
Comme toujours Molière n'a pas froid aux yeux et se lance dans le débat public avec le panache d'un rire qui fait mouche. Il sait de quoi il parle : tuberculeux et dépressif chronique, il avait pu mesurer combien l'action des médecins était bien souvent un pur cérémonial où un latin de cuisine arrogant masquait les opinions les plus rétrogrades et les plus obscurantistes dans une superstition des plus crasses. Molière est au faîte de son art qui fait du théâtre le lieu où sont démasqués les pièges du langage. Il n'a plus rien à perdre si ce n'est la vie et il invente un théâtre du corps plein d'humeurs et de gaz, propulsant sur la scène, bien avant l'Ubu d'Alfred Jarry, une joyeuse scatologie.
Régressif, puéril et maniaque, Argan, sur son siège percé est comme un enfant qui trépigne dans son berceau et qui flirte avec la mort. « N'y-a-t-il pas quelque danger à contrefaire la mort ? » dit la réplique la plus célèbre. Et nous affirmons aujourd'hui avec Molière, à une époque où les idées sont pleines de miasmes, que le rire est bien le pansement de l'âme.

Le volcan Le Havre

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